8juin76(couleur)Je suis le seul en France... Non... Je suis le seul au monde ! Je suis le seul au monde à pouvoir expliquer pourquoi le journal Libération daté du 8 juin 1976 comportait un article dont le sujet était la tournée des Rolling Stones en France lequel article était accompagné d'une illustration dont le sens n'en avait justement aucun. Aucun pour le commun des mortels. Mais pour moi cela en avait un. Le dessin en question, signé d'un dénommé Lulu, est ici reproduit.

Voilà donc l'explication. Quelques jours avant la parution du dit article, j'avais, sous la suggestion de quelques amis qui trouvaient que je dessinai de manière correcte (en tout cas mieux qu'eux) j'avais donc trouvé le courage du haut de mes 20 ans, d'envoyer au journal Libération une série de croquis représentant Mick Jagger. Je me souviens encore de l'un d'eux figurant Mick Jagger en sirène (comme celle de Copenhague). L'idée, que j'avais l'impression d'avoir mûrement réfléchie, c'était de souligner à la fois l'ambiguïté sexuelle du chanteur des Rolling Stones et de la croiser avec cette bouche de mérou qui caractérise (caractérisait ?) Jagger. J'envoyai donc cela à Libération qui, dans ces années 70, était un organe de presse très libre, accueillant pêle mêle toutes sortes d'écrits, d'illustrations, de propos, de points de vue, tous très différents les uns des autres.

Le 8 juin 1976, j'achetais donc, comme chaque jour à l'époque, "mon Libé" à la gare avant de prendre le train qui me conduisait à l'université de Nanterre. Quand je suis tombé sur l'article, cet article avec cette illustration... Je ressens encore aujourd'hui cette chaleur qui m'est montée aux joues, cette flêche qui m'a transpercé et cloué sur place. J'avais beau me raisonner en me disant que personne d'autre que moi ne pouvait comprendre... c'était encore pire... la vilainie m'était personnellement adressée.

J'ai adressé par courrier une réponse au dit Lulu, très maladroite je crois, du haut de mon orgueuil blessé de jeune homme de 20 ans, où je me défendais de cette accusation gratuite d'être à la fois un opportuniste, un ambitieux et un beauf (puisque le slogan "Allez les verts" de l'époque était l'étendard dénoncé par l'extrême gauche de l'aliénation - dans le genre Jean-Marie Brohm -). 

On peut dire que cet encartage du sieur Lulu m'a complètement refroidi pour tout autre envoi et à tout journal, et ce, pour une période fort longue puisque je n'ai eu l'audace et l'effronterie (comme semble l'avoir vécu le Lulu de Libération) d'envoyer que 23 ans plus tard, un petit courrier (sur un propos désolant d'un animateur télé ) au journal Le Monde qui, lui, a publié le texte.

J'ai retrouvé ce "dessin à moi destiné" que j'avais soigneusement découpé (mais sans l'article), entre les pages d'un vieux dictionnaire. Je ne sais pas encore aujourd'hui qui est ce Lulu. Peut-être Lulu Larsen du groupe Bazooka qui collaborait au Libération de cette l'époque ? Peut-être quelqu'un d'autre ? Quelqu'un de moche en tout cas et qui a largement contribué à nourrir ma misanthropie. Quelqu'un qui m'a aussi fait comprendre qu'à la lutte des classes s'ajoutait la lutte des places.
"Je te crache à la gueule Lulu, qui que tu sois !" : c'est ce que j'aurais dû écrire à cette petite frappe au lendemain de ce 8 juin 1976, au lieu d'essayer de justifier mon envoi. Voilà qui est fait.