succubeLorsque le personnage de Daniel Pennac atteint 56 ans, celui-ci écrit ceci dans son "Journal d'un corps" :

« A 20 ans, m'étirer c'était m'envoler. ce matin, j'ai cru me crucifier en m'étirant. Nécessité de me dérouiller. La prédiction de ce prof de gym (..) qui, en seconde, nous affirmait que nous serions rouillés avant l'âge si nous ne faisions pas d'exercices quotidiens... Peut-être. En attendant, quand je vois dans quel état sont mes amis sportifs qui m'étourdissaient de leurs performances (...), j'estime que j'ai bien fait de résister à la religion du record et au diktat de l'entraînement permanent, cet onanisme. J'ai toujours détesté le sport comme religion du corps. »

Puis, à 56 ans 9 mois et 27 jours, l'auteur ajoute ceci :

« Blague entendue tout à l'heure, au bar où je prenais un café, racontée par mon voisin de comptoir, qui lui n'en était pas à son premier pastis : Pas de femmes, dit le médecin à son patient. Pas de femmes, pas de café, pas de tabac, pas d'alcool. Et avec ça, je vivrais plus vieux ? Je n'en sais rien, dit le médecin, mais le temps vous paraîtra plus long. »

Pour ma part, ce matin, pour mes 56 ans et 9 jours, un succube est venu me visiter. Un succube constitué de deux personnes de mon passé, fondues toutes les deux en un seul personnage ; l'une étant une ancienne secrétaire que je croisais régulièrement sur mon chemin d'alors, mais sur laquelle je n'avais pas particulièrement flashé mais que je trouvais simplement avenante, et l'autre, une ancienne amante. Toutes les deux constituant une seule et même femme en un visage recalculé, avec ce nez un peu trop long, loin de ces nez en trompette que la chirurgie esthétique produit à la chaîne et qui transforme toutes ces actrices ou similis-actrices (Nicole Kidman et consorts) en vilaines petites cochonnes vieillissantes. Je n'avais jusqu'à ce jour jamais fait de rapprochement entre ces deux filles, d'autant qu'elles apparurent dans ma vie, chacune, à deux moments fort différents et ne se sont jamais croisées. 56 ans et des poussières, et mon inconscient reconstitue un visage à partir de deux souvenirs, visage qui m'aspire au petit matin et trouble mon réveil. Visiblement, chez moi le passé ne veut pas passer, trop d'éléments mal ingérés...